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Parité hommes-femmes : une discrimination positive à parfaire

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Le Tchad a entamé, depuis quelques années, une politique visant à se conformer à ses engagements internationaux pris dans le cadre de la politique genre. Dans la foulée, un cadre juridique est fixé avec une ordonnance instituant la parité  hommes-femmes  dans les fonctions nominatives et électives et son décret d’application un peu plus tard. Mais, qu’en est-il réellement de cette politique dans la pratique ?

Le 12 mai 2018, l’ancien président de la République, Idriss Déby Itno, a signé l’ordonnance n°012 instituant la parité, hommes-femmes, dans les fonctions nominatives et électives au Tchad, à la grande satisfaction des défenseurs des droits humains et de la cause féminine. Trois (03) ans plus tard, le décret d’application de ladite ordonnance est signé. Selon l’esprit de l’ordonnance, la parité est comprise comme un « égal accès des femmes et des hommes aux instances de prise des décisions dans les fonctions nominatives et électives ». Entretemps, son décret d’application vient semer la confusion avec un quota de 30 % concédé aux femmes dans « toutes les fonctions nominatives ». Lequel quota est censé évoluer progressivement, d’après le même décret.

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Avec un environnement juridique déblayé, quoique un peu confus, le Tchad a commencé peu à peu à franchir un cap avec une représentativité féminine en légère hausse dans le gouvernement, dans certaines grandes institutions ou dans l’administration publique. A défaut d’une parité absolue, des avancées sont enregistrées sur le registre du quota de 30 % accepté. A titre illustratif, l’actuel gouvernement d’union nationale compte 14 femmes pour un effectif de 43 ministres ; soit 32,5 % de femmes. Au niveau du parlement provisoire, c’est-à-dire, le Conseil national de transition, l’on totalise 46 conseillères nationales sur les 197 conseillers nationaux. Le compte n’y est pas pour ce qui est du quota de 30 % ; car le rapport donne un taux de représentativité féminine de 23,35 %. Dans l’administration publique, l’exemple vient du ministère de la Communication. Sur trois (03) entités sous-tutelle, une seule, en l’occurrence l’Agence Tchadienne de presse et d’Edition (ATPE), est dirigée par une femme. Pour un début, l’on peut bien vouloir se contenter de ces progressions. Mais est-ce suffisant lorsque l’on est sur un champ juridique ?

Un peu de courage politique

A la lumière de quelques exemples, il est clair que la marche est encore très haute pour le Tchad en matière de parité absolue. On  espère au moins au respect du quota de 30 %. Cet état de choses est consécutif à la confusion semée par le décret d’application de l’ordonnance mettant en place la parité en République du Tchad. Déjà, le décret est en contradiction avec l’ordonnance et les exhortations des Nations Unies qui encouragent les Etats à appliquer la parité absolue. Dans cette lutte qui s’adosse au respect des droits de l’homme, il manque aux autorités tchadiennes un courage politique pour tenir leurs engagements. En souscrivant aux conventions et autres textes internationaux, le gouvernement à l’obligation d’agir en toute transparence et honnêteté pour rester dans les normes standards. L’autre manche de la lutte demeure la persistance des pesanteurs socioculturelles avec ses kyrielles de stéréotypes sexistes qui limitent considérablement l’application des textes relatifs à la politique genre.        

Sur le plan juridique, un droit ne se négocie pas. Il ne se donne pas. Il s’arrache. Il revient donc à la gent féminine de consentir des efforts supplémentaires pour mériter sa place. Aujourd’hui, l’élite féminine tchadienne semble satisfaite du quota de 30 % ; alors que la loi a accordé 50 % de places aux femmes dans les fonctions électives et nominatives. En reprenant un penseur français, Victor Hugo, « ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ». Alors que la femme tchadienne se batte en cette nouvelle année pour amener les autorités à changer de politique.

Blaise Mbaïadoumbeye           

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